Istanbul, 17 septembre 1960…

Le Bosphore déménage un peu d’Orient, entre l’Asie et la mosquée bleue. Un flot bleu-vert, puissant et tranquille. Une vie qui s’avance entre deux mondes, aux pieds d’Istanbul, de Byzance, de Constantinople. Sur le pont de Galata, dans la lumière ventée du matin, les pêcheurs attendent, depuis la nuit des temps. Les gens se pressent, on est orthodoxe, juif, musulman, catholique. On boit du thé dans les rues, on est riche de tout ça. De ce Bosphore qui file au sud, de l’Asie qui nous regarde. L’air embaume la coriandre, le sel. Du haut des minarets s’échappent des voix qui se mélangent à l’air, aux lueurs, sur les toits. Lauren vient de là. Comprenez qu’elle ne peut pas voir la danse, goûter le théâtre, entendre la musique comme vous et moi. Bardée d’appareils, comme des entraves, en quelque sorte, elle expie. Lauren sillonne les images, explore les scènes, leur arrachant quelques coulisses. Dans le regard de ses sujets, voyez une attention, une passion pour ce qui se voit. Un talent pour ceux qui se laissent faire. Lauren est une photographe, une vraie, de celles qui écrivent avec la lumière. Pierre d’o